Six mois ferme requis contre le tueur du chien «Cacahuète»

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Un septuagénaire, jugé pour acte de cruauté envers un animal domestique, avait frappé notamment avec un marteau le yorkshire de sa compagne, à Grasse.

Le parquet du tribunal correctionnel de Grasse (Alpes-Maritimes) a requis ce mardi un an d’emprisonnement dont six mois avec sursis contre un septuagénaire poursuivi pour acte de cruauté sur le yorkshire de sa compagne. Alors que les affaires de violences sur les animaux se multiplient en France, une pétition réclamant « une peine exemplaire » compte déjà plus de 98 000 signatures

Profil bas et l’air penaud, Mickaël, le prévenu au teint blême, a passé une heure difficile devant le tribunal correctionnel de Grasse ce mardi. L’homme de 72 ans, jugé libre pour acte de cruauté envers un animal domestique, a peiné à justifier son violent coup de sang (et au moins un de marteau) du 28 juin. En début de soirée, il a tué avec son outil « Cacahuète », le yorkshire, âgé de neuf ans, de sa concubine invalide qui l’avait récupéré errant dans les rues grassoises deux ans plus tôt.



Mais sur quel os fatal l’innocent toutou a pu tomber pour mériter un tel sort ? Sa propension à faire régulièrement ses besoins « dans la salle à manger et sur le canapé » bredouille confusément le prévenu à la barre, sous le regard furibond de quelques dizaines de défenseurs des animaux venus assister, parfois avec véhémence, à l’audience.

«Il m’a regardé puis il a fait ses excréments»

Le dos voûté, portant un inattendu jean aux ourlets retroussés et des baskets noires, l’individu au casier judiciaire vierge et sans avocat, ne nie pas les faits. « J’étais en bout de la table, il est entré et il m’a regardé puis il a fait ses excréments, raconte-t-il. J’avais bricolé le matin, j’ai pris en passant le marteau puis je suis descendu au garage mais ce n’était pas prémédité. Je regrette. »

Lorsque les policiers sont arrivés sur place, ils ont effectivement retrouvé le petit chien dans un sac-poubelle, « une tache de sang, des serviettes et la compagne du septuagénaire en état de choc », précise la présidente. Pour ne rien arranger, Mickaël ce soir-là était ivre et n’a pas pris ses médicaments pour le cœur et les nerfs. Il l’admet du bout des lèvres : « Oui, j’ai bu trois bières mais je n’ai pas de problèmes avec l’alcool, je ne suis pas agressif, je ne cherche pas la bagarre. »

«J’aurais voulu qu’il change»

Dans la salle, le public bouillonne. « Le sortiez-vous assez ? Vous comprenez que ce n’est pas de sa faute, l’interpelle la juge. Pourquoi ne pas l’avoir donné à une association ? » Un ange passe. Une petite voix inaudible se défend maladroitement : « J’aurais voulu qu’il change. C’est vrai ce que vous dîtes. »

Des regrets timides qui passent mal du côté du bataillon de parties civiles composé de cinq avocats représentant notamment Au secours des Animaux 06 (ASA 06), seule association plaignante, mais aussi la Fondation Brigitte Bardot et 30 Millions d’amis.

À tour de rôle, les avocats accusent le prévenu de grave préméditation, dans un contexte ou des violences similaires se multiplient, parfois même filmées sur les réseaux sociaux. « Il y a intention coupable. Maltraiter les animaux c’est une grande mode. Il est temps pour l’opinion de comprendre que ça suffit ! Un animal soit on prend soin de lui, soit on ne le prend pas », lance Me Nathalie Ruiz, défenseur d’Asa 06.

«On croit toujours que son chien compatit»

La vice-procureure Marie Nina Valli met fin aux ardeurs des parties victimes en nombre excessif à ses yeux. Selon elle, ce dossier a « suscité énormément d’émotions ». Trop. « Ce n’est pas la clameur publique qui va prononcer la peine […] On croit toujours que son chien compatit. C’est un être sensible, il n’a pas de sentiments, mais des réactions physiques […] », ajoute-t-elle, fustigeant le principe « quand on défend les animaux, tous les autres sont méchants ».




Cela ne l’empêche pas pour autant de requérir une lourde peine dans une « justice calme et sereine » : un an de prison dont six mois avec sursis et l’interdiction définitive de posséder chien, chat et compagnie. Mickaël ne cille pas. Il émet juste un doute en direction de la juge : « Comment je vais payer tous les dommages et intérêts ? » Sa sortie aussi discrète que rapide de la salle est un modèle du genre. Il devra y revenir le 23 octobre pour connaître la décision.

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