Froid de canard et temps de chien

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C’EST PAS BÊTE. Qu’ils aient deux, quatre, zéro ou mille pattes, nos meilleurs amis les animaux nous épatent.

Ciel bas, températures polaires, crachin chagrin, humeur en berne : pas de doute, l’hiver est là. Pour les uns, il fait un « froid de loup » ; pour les autres, quel « temps de chien » ! Ces images communes à toutes les langues s’expliquent par la précision avec laquelle les hommes, de tout temps, ont observé leur environnement naturel. La première « fait allusion à l’époque où les loups affamés sortent de leurs repaires », écrivent Alain Rey et Sophie Chantreau dans le Dictionnaire des expressions et locutions (Le Robert). À les lire, n’entend-on pas la bête hurler dans la steppe polie par la neige ? Si la seconde suggère immédiatement la vision d’un corniaud dégoulinant de flotte devant une porte-fenêtre, rien de plus normal : c’est une version abrégée d’« il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors », locution extrêmement usitée en Angleterre, où, question météo pourrie, on s’y connaît.



Mais quid de « il pleut comme vache qui pisse » ? « L’expression paraît s’expliquer à partir de pleurer comme une vache, le passage de la première locution à la seconde est motivé à la fois par le contenu (rapports métaphoriques entre pleurer et pleuvoir) et par la forme phonique (allitération des syllabes initiales). Comme (une) vacheest senti comme un intensif renforcé par une image caractérisant un trait physiologique aisément observable (vache qui pisse) », détaillent les auteurs du Robert. Pour simplifier, foncez aux champs et jugez sur pis.

D’autres tournures ont évolué avec la société. Ainsi, « froid de canard  »est susceptible d’évoquer aux consommateurs soucieux de leur confort une couette rebondie, voire une doudoune 100 % duvet. Soit l’inverse exact d’une chasse aux palmipèdes dans des marais brumeux et boueux, pratiquée jadis durant les frimas sans équipement isolant.




Au poil

Heureusement, même l’hiver a une fin, et, avec le printemps, on « reprend du poil de la bête ». Cette définition de la vitalité retrouvée est l’« héritage d’une ancienne croyance qui remonte aux Romains selon laquelle il fallait poser sur la plaie un poil du chien qui vous avait mordu. Autrement dit, guérir le mal par le mal », relate Claude Duneton dans La Puce à l’oreille. Anthologie des expressions populaires avec leur origine (Le Livre de Poche). L’objectif étant, l’été venu, de tous se mettre « à poil ». « L’expression, dans son acception tout à fait ordinaire de nu comme un ver (vous faut-il un dessin ? NDLR), paraît s’entendre d’elle-même puisque, dans la tenue d’Adam et Ève, tout un chacun montre ses poils là où ils sont », précise l’historien du langage. Avant de nuancer : « En réalité, à poil s’est d’abord appliqué aux chevaux, et constitue une variation de l’expression à cru, qui signifie à même le poil, sans selle ni couverture. » En guise d’exemple, l’érudit cite Barbey d’Aurevilly : « Un garçon d’écurie vint à poil et au grand galop me trouver. » Encore une image sacrément suggestive…

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