Essence, diesel, électrique, quel véhicule choisir ? L’expertise de professionnels

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Passer à l’essence, à l’hybride, à l’électrique ou garder sa voiture diesel, beaucoup de consommateurs sont dans l’incertitude. Après des décennies passées à encourager l’achat de véhicules diesel, les pouvoirs publics ont décidé de les interdire progressivement. Ces derniers jours, Bercy a fait pression pour que les voitures diesel récentes puissent circuler dans les grandes métropoles grâce à l’obtention de la vignette Crit’Air 1. Des professionnels du secteur automobile de l’Hérault et du Gard aident à y voir plus clair. 

1. Le diesel est-il mort ?

Pour quelques marques, peut-être. Chez Toyota, le diesel a déjà « quasiment disparu ». Jérôme Maison travaille chez Toyota Béziers,  en qualité de vendeur : « Il y a deux-trois ans, on a supprimé toutes nos gammes diesel, sauf pour les pick-ups et les 4X4. On vend de l’hybride principalement, et on a deux citadines en essence. D’anciens clients diesel s’adaptent et passent à l’hybride. »

C’est surtout chez les consommateurs que la tendance s’est inversée. Vendeur chez un concessionnaire Peugeot dans l’Hérault, un professionnel qui a souhaité rester anonyme ne peut que constater le changement d’attitude des consommateurs : « Avant, on vendait 70 % de diesel. Aujourd’hui, on vend 70 % d’essence en véhicules neufs. » De ce point de vue, le diesel a perdu en vitalité, c’est certain.

« Un réel changement s’opère dans la société. Le diesel existera toujours pour les gros rouleurs et les entreprises, nuance Sébastien Renouard, conseiller commercial véhicule neuf et occasion chez Volkswagen Alès. Mais se doter d’un diesel sera un achat plus raisonné. » 

Le diesel semble bien en vie pour ceux qui parcourent de longues distances.Franck Jaubert est conseiller commercial chez Renault Alès : « Faire disparaître le diesel, c’est la volonté du gouvernement. Il y a des enjeux financiers derrière. Le diesel a une grande grande espérance de vie devant lui pour moi. Certains clients qui m’ont pris une essence reviennent, me disent  « J’ai doublé ma consommation, je suis tout le temps à la pompe » et repartent sur du diesel. »



2. Le diesel est-il plus polluant que l’essence ?

C’est l’une des grandes questions, celle que de nombreux automobilistes se posent. « Les diesels polluent moins en CO2 que les essences », assure un vendeur chez Peugeotdans l’Hérault. Peugeot a mené un gros travail depuis dix ans pour mettre des filtres à particules qui enlèvent les rejets de CO2. Aujourd’hui, en 3008 ou 308, on est propre. On nous casse les pattes. Les gens ont peur de se faire allumer et délaissent le diesel. On incite les gens à changer leur voiture. En fait, c’est pour relancer l’économie. L’Etat nous tue. »

3. Les constructeurs sont-ils en train d’abandonner le diesel ?

Chez Toyota, le diesel est peu à peu abandonné depuis plusieurs années déjà. Chez Peugeot, s’il ne l’est pas, « on se lance dans l’électrique : la 208 électrique arrive en octobre. On sortira une hybride en 2020. On se met à la page car l’Etat veut passer à l’électrique, » explique le vendeur d’une concession héraultaise Peugeot. Le vendeur assure pourtant, un brin désabusé : « On est pourtant les meilleurs, en terme de pollution, sur les véhicules diesel. »

Chez Volkswagen, la transformation semble en cours. « D’ici deux ans, tout notre parc va se transformer en hybride et 100% électrique. Toutes les gammes seront élargies avec ce type de véhicules, confirme Sébastien Renouard, conseiller commercial véhicule neuf et occasion chez Volkswagen Alès. Mais une entreprise, c’est un mastodonte. On va évoluer petit à petit. »

Quel type de véhicule choisir selon son profil ?

« Pour 60 à 80 km par jour, le diesel reste le plus économique en terme de consommation, et je le conseille aux clients. Au-delà de 15 000 km par an, il n’y a pas d’intérêt d’abandonner son diesel », selon Franck Jaubert, conseiller commercial chez Renault Alès.

Conseiller commercial chez Volkswagen Alès, Sébastien Renouard « reconnaît que l’offre en diesel reste toujours plus intéressante pour les entreprises et ceux qui font des grands trajets. Un moteur électrique pollue aussi. La solution, ce serait le bioéthanol. On fait peut-être comme on a fait avec le diesel à l’époque. Adapter son véhicule à son utilisation, c’est déjà pas mal. »  

« Non, le diesel ne sera pas enterré »

Éric Germis, référent de la branche concessionnaires à Béziers au sein du Conseil national des professions de l’automobile (CNPA) a été interviewé sur le sujet, fin 2018, au moment du Salon de l’auto de Béziers. Ses propos vont dans le sens des professionnels interrogés ci-avant. « Non, le diesel ne sera pas enterré. Mais c’est vrai que nous avons constaté que sur toutes les voitures urbaines, le prix du litre de carburant ne justifie plus de passer sur un moteur diesel par rapport à un essence. Ces citadines sont des voitures qui roulent peu et on a donc vu, depuis janvier 2018, une réelle inversion. Elles sont désormais quasiment toutes en essence. Elles répondent parfaitement à l’utilisation des citadins. Le diesel va continuer de répondre à des situations spécifiques. Un gros rouleur continuera à garder un diesel car même si le prix du litre est égal à celui de l’essence, il consommera moins. »

5. Electrique et hydride sont-ils accessibles à tous ?

Est-il coûteux de passer à l’hybride ou à l’électrique. Les réponses divergent selon les concessions. Jérôme Maison, de Toyota Béziers,  assure qu' »en terme de prix, nos hybrides coûtent l’équivalent d’un véhicule diesel. Après, il n’y a pas d’aides supplémentaires de l’Etat. Mais acheter un hybride, c’est faire un achat sur le long terme puisque les gens ont la garantie qu’ils pourront toujours rouler avec dans de nombreuses années. Sur les véhicules électriques, les garanties sont plus étendues que pour le diesel par exemple : les batteries d’une voiture électrique sont prises en charge pendant 10 ans, même si en réalité, elles sont très fiables ».

Pour Sébastien Renouard et Franck Jaubert, de Volkswagen et Renault Alès, « acheter un véhicule électrique reste une conviction personnelle, un luxe car ça a un coût », reconnaît le premier. « L’électrique aujourd’hui n’est pas forcément économique comparé aux moteurs thermiques. Ca reste un gros budget », constate aussi le second. 

Florence Trébuchon, médecin allergologue : « Je me bats pour que le diesel soit plus cher ! »

Depuis des années, Florence Trébuchon milite pour un diesel plus cher afin d’améliorer la qualité de l’air et ainsi réduire les microparticules. Pour cette médecin, c’est une affaire de santé publique, ainsi qu’elle l’a exprimé dans Vox, la carte blanche de Midi Libre.

« Il y a un lien très étroit entre allergie et pollution atmosphérique. D’abord parce que les particules, émises principalement par les moteurs au diesel, sont extrêmement fines, de l’ordre du micron. ». Sachant qu’il y a déjà quatre millions d’asthmatiques dans le pays. « C’est un problème national », juge-t-elle. En 2050, la moitié de la population française sera devenue allergique, selon les dernières études sur le sujet. »

« Je me bats pour que la pollution atmosphérique diminue, qu’on augmente la qualité de l’air. Aujourd’hui, chacun d’entre nous est menacé. La pollution atmosphérique est quelque chose qui tue lentement, insidieusement, mais qui tue de façon certaine. Je sais qu’il est difficile de changer ses comportements et que ça peut avoir un impact financier à court terme. Chacun d’entre nous est concerné par ces mesures destinées à améliorer la qualité de l’air ».

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