Automobile : le nouveau contrôle technique fait déjà du ménage

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Plus sévère, cet examen incite les Français à se débarrasser des voitures épaves pour profiter de la prime à la conversion. Voilà ce qui change.

Réputés plutôt conservateurs, les Français usant leur voiture jusqu’à la corde semblent tout à coup saisis d’une frénésie de changement. Le ministère de la Transition écologique et solidaire indique en effet que déjà près de 45 000 Français roulant dans des véhicules très anciens ont demandé fin avril à bénéficier de la prime à la conversion, soit près de la moitié de l’objectif annuel fixé. « Objectif qui sera dépassé si les demandes de prime se maintiennent au niveau actuel », se félicite le ministère.

Pourquoi cette soudaine fièvre alors même qu’elle concerne les ménages les moins aisés ? Tout simplement parce que le 20 mai entre en vigueur un contrôle technique plus rigoureux qui, beaucoup le savent, va envoyer cette fois définitivement leur voiture à la casse. Pourquoi ce durcissement ? Parce que l’Europe en 2011 a voulu prendre des mesures pour, sur la base des chiffres de 2010, parvenir à réduire de moitié le nombre des tués sur les routes européennes à l’horizon 2020. Et l’une de ces mesures concerne le contrôle technique dont la directive prise au niveau de Bruxelles arrive à échéance. Le but est ambitieux puisqu’il s’agit d’harmoniser le contrôle technique au niveau européen : tous les États membres ont l’obligation d’appliquer la même réglementation.

La Commission européenne a donc adopté la directive n° 2014/45 transposée en droit français, qui permet d’écarter des routes les voitures présentant un risque sérieux pour la sécurité routière. Avec des conséquences immédiates, tous ceux qui étaient déjà prévenus par les centres de contrôle que leur voiture subirait la prochaine fois le couperet de règles plus strictes ont devancé l’inéluctable interdiction. Et plutôt que de la subir, ils en ont tiré parti avec l’aide du gouvernement qui a mis en place une forte mesure incitative. En effet, depuis le 1 er janvier 2018, les ménages qui se débarrassent d’un véhicule diesel d’avant 2001 ou d’un véhicule essence d’avant 1997 reçoivent une prime de 1 000 euros, qui peut être portée à 2 000 euros pour les ménages non imposables.

Signe encourageant, ces derniers représentent 70 % des attributions de primes. Pour tous les ménages qui mettent au rebut un véhicule ancien et qui achètent un VN électrique, la prime est même portée à 2 500 euros. Mais en réalité, ce sont les ventes des petits modèles qui se sont envolées. (Peugeot 108, Renault Twingo, Citroën C1, Toyota Aygo, Ford Ka+ etc.). Et pour illustrer ce gain en termes de dépollution, le ministère de la Transition écologique et solidaire a évalué les économies de CO 2 réalisées grâce à la mise à la casse de vieux modèles à environ 10 000 allers-retours en avion entre Paris et New York chaque année. Mais l’objectif principal est de renforcer la sécurité des véhicules et d’en assurer un entretien plus attentif, et là, des millions d’automobilistes sont concernés avec quelques gros changements à la clé qui s’embarrassent souvent d’idées fausses. Décryptons-les.

Le contrôle technique 2018 va doubler le nombre de points à vérifier : FAUX

On a dit à tort que le nombre de points contrôlés allait doubler. En réalité, il passe de 123 à 134 mais, subdivisés en 9 fonctions, ils recenseront 610 défaillances possibles contre 410 auparavant. Par exemple, le fonctionnement de la ceinture de sécurité qui était jugé globalement jusqu’à présent sera détaillé en 4 points (ancrages, prétensionneurs, état, limiteur d’effort). Ou encore on fera la différence entre un essuie-glace inopérant et un balai défectueux. La moitié de ces défaillances (intitulées défauts jusque-là) peuvent donner lieu à contre-visite à réaliser dans les deux mois, mais en conservant le droit de rouler. En 2017, le chiffre des contre-visites était de 18,5 %, mais il devrait baisser grâce à la prime à la conversion évoquée plus haut.

Les défauts constatés pourront immobiliser la voiture : VRAI

Jusqu’à présent, le résultat du contrôle était favorable ou défavorable avec, dans ce dernier cas, l’autorisation de rouler sous couvert d’un délai de deux mois pour réparer et obtenir enfin le sésame de la contre-visite. Ce dispositif ne change pas, explique le réseau Dekra, mais s’ajoute, aux défaillances mineures et majeures actuelles, un troisième résultat qui est la « défaillance critique ». Là, il s’agit de défaillances graves mettant en cause la sécurité ou l’environnement avec un danger immédiat (plaquettes de freins absentes ou mal montées, essieu fêlé, siège conducteur mal fixé, etc.). Il en est de surprenants comme l’absence de plancher, le pare-brise en partie ou totalement manquant, la pénétration de gaz d’échappement dans l’habitacle ou la formation d’étincelles sur le faisceau électrique ! Dans ces cas, rares heureusement, la voiture aura encore l’autorisation de rouler le reste de la journée pour rejoindre un réparateur car, dès le lendemain, elle sera interdite de circulation. Mais elle aura toujours deux mois pour, réparation faite, se soumettre à la contre-visite.

La sévérisation va allonger le temps et le coût du contrôle technique : VRAI ET FAUX

Plus de points à passer en revue, ce sera aussi plus de temps pour les contrôleurs, dont la formation a dû être complétée. Alors qu’un BEP ou un CAP suffisaient jusque-là, le contrôleur devra être titulaire au moins d’un bac professionnel en mécanique automobile. Si le temps de contrôle varie selon la génération et la complexité du véhicule, le temps actuel moyen de 40 minutes devrait être dépassé dans les premiers mois, jusqu’à ce que les nouveaux process soient rodés. Si le prix moyen d’un contrôle est de 68 euros (tous les deux ans), la concurrence féroce entre les différents réseaux devrait permettre de contenir la hausse des coûts à 80 euros.

Une start-up propose même de prendre en charge le prix du contrôle en échange de données que voudra bien lui fournir l’automobiliste. « Elles sont basiques et peu impactantes mais à haute valeur ajoutée pour les industriels automobiles, et ce en toute transparence via un questionnaire », assure Jonathan Habersztrau, fondateur de la startup  ControleTechniqueGratuit.com . Une autre existant depuis deux ans offre sur sa plateforme internet les créneaux invendus des centres agréés et garantit aux automobilistes d’accéder aux prix les plus bas du marché. « En quelques clics, ils peuvent ainsi réserver leur rendez-vous à un prix remisé, dans l’un des 250 centres partenaires de CTeasy, agréés par l’État français. » Vérification faite, les remises sont de 20 à 30 % pour des créneaux horaires moins demandés et donc moins pratiques.

La contre-visite sera plus longue et payante : VRAI

La contre-visite n’est pas partielle et seulement centrée sur la défaillance à corriger mais bien totale, car c’est un contrôle technique complet qui sera à nouveau effectué. On y passera donc le même temps et on paiera la même facture, ce qui devrait fortement inciter les automobilistes à préparer (voir ilustration ci-dessous) leur visite au contrôle afin de ne pas subir une double peine.



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