Après Cuba, un diplomate américain a-t-il été ciblé par une «attaque acoustique» en Chine ?

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US Secretary of State Mike Pompeo (R) listens while China's Foreign Minister Wang Yi speaks before a meeting at the US Department of State May 23, 2018 in Washington, DC. / AFP PHOTO / Brendan Smialowski

Un fonctionnaire américain en poste à Canton a été victime d’un traumatisme cérébral après avoir ressenti des bruits «anormaux». L’ambassade des États-Unis à Pékin a émis une alerte sanitaire.

US Secretary of State Mike Pompeo (R) listens while China’s Foreign Minister Wang Yi speaks before a meeting at the US Department of State May 23, 2018 in Washington, DC. / AFP PHOTO / Brendan Smialowski

L’affaire est prise très au sérieux par les États-Unis. À première vue, rien de bien alarmant: un fonctionnaire américain qui était en poste à Canton (dans le sud de la Chine), entre fin 2017 et avril dernier, a été diagnostiqué avec un léger traumatisme cérébral après avoir fait récemment état de «sensations de bruits et de pression subtils, vagues mais anormaux», selon l’ambassade américaine en Chine. La cause de ces symptômes n’a pas été identifiée. Mais Washington est préoccupé par des ressemblances troublantes avec un mal mystérieux qui avait frappé des diplomates américains à Cuba et a parfois été décrit par la presse comme la conséquence d’une «attaque acoustique».




L’ambassade des États-Unis a donc émis mercredi une alerte sanitaire pour mettre en garde les ressortissants américains en Chine qui ressentiraient des «phénomènes auditifs ou sensoriels aigus et inhabituels, accompagnés de bruits anormaux ou de sons perçants». Si tel était le cas, il leur est demandé de ne «pas chercher à en déterminer l’origine», mais de se «déplacer dans un lieu où ces sons ne sont pas présents».

Pour l’heure, un seul cas a été signalé en Chine. Mais les symptômes médicaux sont «très similaires» à ceux qui avaient affecté des «Américains travaillant à Cuba», a indiqué Mike Pompeo, le Secrétaire d’État américain, devant une commission parlementaire. L’incident avait été d’une tout autre ampleur. Entre fin 2016 et l’été 2017, plus de vingt diplomates américains en poste à La Havane ont subi des pertes d’audition, des troubles cognitifs, des vertiges ou des problèmes de vue. «Nous tentons de comprendre ce qui s’est passé à La Havane et maintenant en Chine», a déclaré Mike Pompeo, ajoutant que des équipes médicales étaient en route pour se rendre sur place.

Les États-Unis n’ont pas réussi à déterminer qui étaient le ou les auteur(s) de ces perturbations, mais considèrent que les autorités cubaines n’ont pas été en mesure de garantir la sécurité des diplomates. Washington a rappelé fin septembre plus de la moitié du personnel de son ambassade à La Havane, provoquant une nouvelle crise diplomatique. Le gouvernement cubain rejette en effet toute responsabilité et met même parfois en doute la réalité de ces «attaques», assimilées à de la «science-fiction».

Cette nouvelle affaire a éclaté alors que le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, était en visite à Washington, dans un contexte où les discussions épineuses entre les deux pays se multiplient: sur le retrait américain de l’accord nucléaire iranien, la Corée du Nord, ou l’accroissement de la présence militaire chinoise en Mer de Chine du Sud. Par ailleurs, après des semaines de tensions bilatérales, une guerre commerciale semble certes avoir été évitée mais la menace n’est pas complètement écartée.

Le chef de la diplomatie chinoise a tenté mercredi de minimiser l’événement, afin qu’il ne tourne pas à la crise diplomatique. Affirmant que la Chine «mène l’enquête de manière très responsable», il a évoqué «un cas isolé», qu’il ne souhaitait pas voir «politisé». «Nous n’avons pas découvert qu’une organisation ou un individu aurait perpétré ce type d’influence sonore», a ensuite précisé Wang Li, aux côtés de Mike Pompeo.

La presse officielle chinoise s’est montrée beaucoup plus véhémente. «Si de tels incidents se produisent de manière récurrente dans les ambassades et consulats américains, ils devraient examiner leurs propres équipements, au lieu d’accuser les autres», a tonné le rédacteur en chef du Global Times, un quotidien nationaliste, sur Twitter. Le journal juge que le scénario d’attaques malveillantes contre des étrangers sur son sol est «totalement inimaginable» et que la Chine est l’un des pays qui offrent la meilleure «sécurité» aux diplomates.




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